mardi 10 mai 2016

Résidence thérapeutique ou HP light ?




TW VIOLENCE INSTITUTIONNELLE (et agression physique, vers la fin)


J’ai déjà écrit un article sur un « incident » m’étant arrivé dans la Résidence Thérapeutique où j’ai passé plus de deux ans après les quatre ans dans la clinique soins-études. http://yahirmblue.tumblr.com/post/125112592749/tw-violence-institutionnelle-%C3%A7a-te-servira-de
J’ai été et suis encore très en colère de la façon dont ce type de structure envisage le soin. Sur un forum, on m’a dit que ces structures étaient nécessaires, même si pas parfaites...

Je suis d’accord qu’une alternative à l’HP est nécessaire mais doit-elle être aussi proche du matériau d’origine ? Comment peuvent-elles être des alternatives efficaces, quand seules les modalités sont différentes ?
Les psychiatres sont les mêmes, les soignant-e-s sont les mêmes, la hiérarchie est la même, la façon dont sont considéré-e-s les patient-e-s est la même…

Est-ce que ces structures représentent réellement une alternative ? Ou bien juste une représentation du même système dans une version édulcorée ?

À la fin de mon séjour à la clinique, on a cherché une autre structure de soin pour prendre le relai pendant que je passais mon bac pro communication visuelle. On estimait que j’avais toujours besoin d’une structure pour m’accompagner et j’ai accepté... comme j’ai accepté à peu près tout ce qu’on a décidé pour moi jusque là…
On avait décidé que les appartements thérapeutiques étaient les plus adaptés : j’étais, après tout passée par le service du relai, dans la clinique, celui où j’ai pu enfin, après 4 ans, avoir la possibilité de faire mes courses et la bouffe moi-même… (vous sentez le sarcasme, là ?).

 Il y avait sur cette ville 2 structures disposant d’appart thérapeutiques, la première exigeait que l’on passe par le foyer avant...
j’ai fait une semaine d’essai dans celle-ci pour voir que la fenêtre de ma chambre était munie de barreaux... Je pense que l’état dans lequel ça m’a mise a pas mal joué dans le fait que je ne veuille pas aller dans cette structure...
Le psychiatre dirigeant l’autre structure, M. Mondy, m’a assuré que ça n’était pas nécessaire de passer par le foyer et passer directement dans les apparts thérapeutiques et ça m’a rassurée.

J’ai donc choisi cette structure là et je suis rentrée dans la résidence thérapeutique Mathieu Noir en août 2011.
La résidence était une des 4 structures qui faisaient partie de l'institution Montehaut, il y avait un CATTP (Centre d'accueil thérapeutique à temps partiel), un foyer, un centre et la résidence thérapeutique (également quelques apparts solos pour préparer la transition à la sortie).
L'équipe médicale était composée de 9 soignant-e-s, majoritairement des infirmier-e-s et quelques éducateurices et le psychiatre, qui dépendait lui-même de la direction de l’institution. Il y avait également M. Otis, le cadre (qui venait rarement) et 10 appartements, meublés et équipés pouvant accueillir chacun 1 patient »e à la fois.

On m’avait présenté la résidence comme une transition entre la clinique et la vie normale, et donc un moyen d’acquérir plus d’autonomie. Il y avait pourtant pas mal de contradictions...
J’ai personnellement du mal à comprendre comment on peut s’autonomiser avec le cadre rigide qu’imposait la résidence.

Si on parle simplement d’autonomie financière... la résidence nous fournissait chaque semaine l’argent des courses, 60 euros, la première moitié le mardi, la 2eme moitié le vendredi, sachant que les absences hors de la résidence étaient décomptées du total... (en gros, c’est le type de méthode qui vous incite à sécher les cours pour éviter d’aller à la cantine et avoir un plus gros budget courses, personnellement, j’avais été forcée de négocier pour recevoir mon argent en une seule fois, tellement la première partie du budget était ridicule à cause de la cantine).
Les tickets de caisse étaient vérifiés pour être sûr qu’on n'avait pas dépensé l’argent pour l’alimentation à autre chose... Pas de possibilités d’acheter des produits ménagers avec cet argent, c’était sur un autre budget...
La résidence fournissait l’argent pour payer les rendez-vous médicaux. On ne pouvait pas utiliser nos cartes vitales et étions forcé-e-s de ramener des feuilles de soin à chaque fois.

 Une fois, j’avais une petite grippe, j’avais prévu d’aller au marché et d’aller voir le médecin proche de la résidence sur le chemin du retour. J’avais demandé l’argent à une infirmière pour ne pas être obligée de revenir le chercher à la résidence.
 Comme j’allais au marché et que malade, elle estimait que je n’avais pas à y aller, elle a refusé de me donner l’argent… j’ai failli arriver en retard au rendez-vous parce que j’ai dû revenir chercher l’argent… (au passage, quand je suis revenue la voir après le rendez-vous pour lui dire, en colère, que c’était de l’ingérence et que ce qu’elle avait fait était inadmissible, elle m’a simplement dit « tu as le droit de le ressentir comme ça.. » D’où c’est juste un ressenti ?).

 L’organisation de mon emploi du temps et la gestion des imprévus était complètement dépendante du fonctionnement de la résidence. Un couvre-feu était mis en place à 23 heures. Passée cette heure, on était censé-e-s rester dans nos apparts.
Pas le droit d’aller dans les parties communes ou de rendre visite à nos voisin-e-s résident-e-s (ça arrivait qu’on le fasse quand même mais on évitait de se faire choper). La porte était également fermée à clefs passée cette heure-ci (pour notre « sécurité », paraît-il..
je suppose qu’un code à l’entrée, ce n’était pas suffisant et que nous donner des clefs pour ouvrir la résidence afin de pas prendre le risque de se retrouver coincé-e-s dehors, c’était trop dangereux…).
Si on prévenait qu’on souhaitait rentrer plus tard, on pouvait obtenir un délai mais ça dépendait complètement du soignant à qui on s’adressait, certain-e-s étant plus compréhensif-ve-s que d’autres, et ça restait toujours un délai, c’était absolument impossible de dormir à l’extérieur de la résidence sans avoir fait une demande de permission de sortie antérieurement dans la semaine (la pire infirmière de la structure, qu’on surnommera ici, Ms Ratchet en référence à Vol au-dessus d’un nid de coucou m’a refusé l’autorisation de rentrer à minuit parce que je l’avais appelée à 22h30, comme s’il était absolument inenvisageable d’avoir un imprévu, par exemple croiser des ami-e-s et passer un moment sympa avec… Elle en a profité pour rajouter que c’était moi qui faisais en sorte qu’on m’infantilise.)

Le psychiatre voulait nous voir toutes les semaines (sans que j’en comprenne réellement l’intérêt puisqu’il disait lui-même ne pas faire de thérapie, peut être qu’il voulait nous voir juste parce que ça faisait partie du protocole…) et il y avait le choix entre se déplacer au CATTP après les cours le mardi et l’attendre le vendredi après midi à la résidence.. Choisir entre venir crevée après une journée de travail ou bien attendre des plombes qu’il soit disponible en espérant que les infirmiers pensent à faire sonner le téléphone pour vous prévenir qu’il est disponible (sachant que si ils vous préviennent pas, c’est votre faute si vous êtes pas dans le bureau de suite, quand bien même le psy a l’habitude d’avoir ¾ d’heures de retard et qu’on sait jamais quand il sera disponible).
Il m’est également arrivé d’avoir un rendez vous imposé le mardi soir après les cours juste après une reprise de cours alors que j’avais été arrêtée. J’ai refusé de venir et dit aux soignants que si le psy voulait me voir, il attendrait le vendredi, que j’allais pas le soir après le travail alors que je sortais d’un arrêt maladie (z’ont pas aimé).

Quelques temps avant mon arrivée à La Résidence, l’équipe soignante avait décidé que les patients n’avaient pas assez de contacts les uns avec les autres et a été décidé la mise en place d’un groupe de paroles animée par un psychologue. Lenteur administrative oblige, quand le groupe de paroles a été mis en place,  après mon arrivée, les patients n’étaient plus les mêmes et étaient maintenant régulièrement en contact. Il était placé tous les lundi soir à 18h (après une journée de cours complète me concernant) et on était obligés d’y assister pendant 1 heure et demie au début, puis ¾ d’heures quand il a été raccourci.

Comme la Résidence était soucieuse de prendre en compte l’avis des patients dans les décisions concernant le fonctionnement de l’établissement, on avait les réunions de fonctionnement avec les patients et le cadre.
La direction considérait notre implication dans la prise de décision comme ABSOLUMENT essentielle. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on a eu seulement 2 réunions la première année où j’étais là et pas une seule l’année suivante.

La Résidence avait mis à notre disposition une wifi que les soignants coupaient à Minuit pour « éviter les addictions ».
Je me souviens avoir dit à une infirmière que ça servait pas à grand-chose par rapport aux addictions puisqu’une fois la wifi éteinte, on se connectait aux wifi publiques et que vu la difficulté à se connecter, on y passait 3 fois plus de temps, elle a simplement répondu « Au moins, on a fait quelque chose »… C’était un peu le credo général de l’équipe, en fait… Faire quelque chose, peut importe que ce soit inutile ou nocif, il faut faire…
j’en profite un peu pour ajouter que les mesures étaient toujours prises par prévention et sans cas par cas, ce qui fait, que les règles étaient souvent mises en place pour contrer un problème qui n’existait pas.. ou qui s’il existait aurait pu être discuté avec les patients (mais, hé, on était QUE des patients.. on pouvait pas avoir d’avis pertinent…).

En terme d’organisation, il y avait constamment 2 soignants le matin, 2 soignants l’après midi et un’e le soir. C’était souvent 1 infirmier’e et 1 éducateur’ice dans la journée, mais comme le soir, y avait qu’une seule personne, ça m’est arrivée de me retrouver avec juste un’e éducateur le soir alors que j’avais une crise d’angoisse et qui n’avait pas le droit de me donner de médocs…

Pendant les transmissions (le moment où les soignants présents le soir transmettent les infos de quand ils étaient de garde aux soignants du matin et les soignants du matin à ceux de l’après midi, etc…), c’était à peu près comme dans toutes les structures où j’ai été, on n’avais pas le droit de déranger les soignants.. Qu’ils soient en train de jouer aux solitaire sur l’ordi, de boire un café ou de se transmettre les infos, si t’avais une crise d’angoisses pendant leurs transmissions, t’avais qu’à attendre !


Il existe une pratique médicale courante, dans les structures de soin, et qui a tendance a pervertir le principe de secret médical, le secret médical partagé.
Chaque semaine, l’équipe soignante, composée des éducateurices, des infirmièr’es et du médecin psychiatre se réunissait pour discuter tour à tour du cas de chaque patient’e à partir des comptes rendus rédigés dans la semaine.
le problème généré par ce type de pratiques, c’est que ça rends difficile de garder la moindre information pour soi. On est en psychiatrie, et ici, tout est considéré relever du soin : vos préoccupations, vos attitudes, votre état d’esprit, vos idées politiques…
Si vous entretenez un contentieux avec un membre de l’équipe soignante (mettons.. le psychiatre et Ms Ratchet, au hasard..) et que un peu naïve (ou naif, ou naiv’e après, tout, ça peut être un homme ou une autre personne NB, rien à ,voir avec moi.) vous faites l’erreur de confier le problème à un’e autre membre de l’équipe soignante, vous avez de bonnes chances que ça ressorte en réunion, là où votre abuseur’euse pourra l’entendre et décider d’accroitre la pression sur vous…

J’ai dû déblatérer sur le psy ou sur cette infirmière devant une éducatrice et après la discussion, je lui dis : « ce que je viens de te dire, ça reste entre nous, hein ? » et elle de répondre « Si tu voulais que ça reste entre nous, fallait pas m’en parler. ».

A noter que selon les soignants, les rapports n’étaient pas nécessairement honnêtes sur les événements. Ms Ratchet prenaient visiblement un malin plaisir à déformer tout ce qu’elle pouvait dans les rapports qu’elle écrivait. J’avais une amie qui sortait assez souvent en ville voir des gens, ou bien qui allait dans l’école maternelle où elle travaillait. Dans le rapport de Ms Ratchet, elle fuyait la Résidence et le soin.
Mon amie a essayé de s’en plaindre au psychiatre lors d’un entretien, qui a répondu en haussant les épaules, l’air de dire « Je sais mais qu’est ce que vous voulez que j’y fasse ? ».

D’ailleurs, l’absence de sanctions face aux comportements abusifs de l’équipe, en passant par la culpabilisation des victimes et jusqu’à leur punition, c’était assez courant.
J’ai déjà parlé de la fois où j’ai sonné dans le vide et finalement passé la nuit dehors parce que l’infirmière dormait pendant sa garde et rétrospectivement, je suis même surprise que ça m’ait étonnée, sachant qu’il m’est déjà arrivée de descendre au bureau infirmier, la nuit, et de sonner plusieurs fois pour que l’infirmier qui dormait pendant son heure de garde vienne ouvrir.
Mais il y a eu d’autres cas, notamment ce patient qui travaillait en restauration et qui bien sûr dans ces conditions, pouvait difficilement être là à tous les rendez vous, au groupe de paroles, etc… Un soir qu’il rentrait après une journée de travail, Ms Ratchet (encore elle, décidément) lui saute dessus pour lui reprocher son retard et a le culot de lui dire « C’est pas le club Med, ici ! », le gars s’est énervé et a cassé une chaise, il a été viré le soir même, l’infirmière n’a pas reçu le moindre blâme… On nous a expliqué l’histoire en nous disant que l’équipe l’avait exclu parce qu’elle craignait qu’il soit dangereux pour nous. Iels nous prenaient un peu pour des bacs à douche…

Comme pour le travail en restauration de ce patient, la Résidence avait visiblement de grande difficultés à considérer qu’on avait une vie et des obligations en dehors d’elle et à prendre les mesures pour s’adapter à nous.

En baccalauréat professionnel, arrivée en première en sautant la 2de, j’avais été obligée de demander presto un aménagement d’emploi du temps parce que je voyais bien que sinon, je ne tiendrais pas, j’ai réussi à l’obtenir et ma terminale a été coupée en 2. J’étais censée valider toute la partie professionnelle la première année de terminale et valider la partie générale la 2e année. J’étais aussi en classe ULIS, une classe pour les élèves avec des difficultés…
C’est d’ailleurs uniquement grâce à ce type de classe que j’ai pu faire une demande d’AAH (allocation adulte handicapé), l’assistante sociale de l’ULIS (unité localisé pour l'inclusion scolaire) m’ayant dit que je pouvais l’avoir, alors que jamais la question n’avait évoquée à la Résidence… Étrange pour un lieu qui promeut développer l’autonomie de ses résidents de ne jamais mentionner ce qui pourrait permettre d’obtenir une autonomie financière…

Petit aparté : quand j’ai reçu l’enveloppe sous pli confidentiel avec mon dossier de demande d’AAH, je me suis copieusement fait remonter les bretelles par l’équipe soignante pour avoir « violer le secret médical » en ouvrant le pli confidentiel contenant MON dossier de demande AAH.

Venir en cours était difficile, le rythme pas évident, il m’arrivait de fréquemment m’endormir en cours. Le lycée avait invité mes référents plusieurs fois, voyant que j’avais du mal à tenir le rythme mais mon emploi du temps lié à la Résidence ne changeait jamais… J’ai même eu un infirmier me demandant si le Lycée ne pouvait pas encore alléger mon emploi du temps, alors que c’était difficile de faire plus, indiquant par là même que la structure refusait d’assumer toute responsabilité dans ma difficulté à suivre le rythme…

Il était exigé que nous fassions le ménage chaque semaine dans nos appartements, chose parfois difficiles sans meubles de rangements et avec un emploi du temps aussi fatiguant, nos apparts étaient vérifiés. Il m’est arrivée une fois de demander de l’aide, Ms Ratchet m’a acheté un meuble de rangement en me disant quand j’ai voulu lui payer le meuble que trop tard c’était à la Résidence maintenant et que j’avais qu’à l’acheter avant et devant mes difficultés à savoir comment nettoyer que j’avais été mal élevée… Évidemment, je lui ai plus jamais redemandé de m’aider…

Le credo de la Résidence, apparemment pour favoriser l’autonomie, c’était qu’on ne venait pas nous voir si on ne demandait pas d’aide… C’est chouette comme idée sauf que j’ai pu passer presque 1 semaine dans ma chambre après un mois de stage merdique sans qu’on s’inquiète de comment j’allais…

En termes de thérapie, c’était quelque peu limité…
Y avait en gros les rendez-vous hebdomadaire avec le psychiatre où en gros valait mieux parler de la pluie et du beau temps parce que si vous parliez de sujets réels, vous risquiez d’avoir ce genre de discussions :
- Moi : Le monde du travail m’angoisse.
- Lui : Oh, y a pire en Angleterre.
- Moi : Mais… c’est du nivellement par le bas, que vous faites, là…
- Lui : C’est pas du nivellement par le bas. L’Angleterre, c’est pas un pays sous-
           développé.


Ou bien :

         - Moi : J’ai l’impression que c’est pas tellement moi qui aie un problème mais le
monde qui n’est pas adapté.
- Lui : Non, non, vous êtes dans le déni. Vous êtes incapable de vous adapter. Le
            monde ne s’adaptera pas à vous.

Vu que la tenu des échanges, j’ai préféré parler rapidement de la pluie et du beau temps plutôt que de prendre le risque de m’énerver et d’avoir encore un mauvais rapport..

L’autre type de thérapie, j’en ai aussi parlé brièvement, c’était le groupe de paroles… J’ai toujours du mal à comprendre la logique de la résidence… Quand les alcooliques anonymes se réunissent, l’intérêt de ce groupe de paroles est qu’ils partage les mêmes difficultés et les travaillent ensemble.. je suis même pas sûre qu’ils soient en contact à l’extérieur…

Là, on était des gens qui se voyaient  régulièrement à la résidence, avec chacun des difficultés différentes, obligé’es de venir sans qu’il n’y ait eu de sélection sur la création d’un groupe (en gros, c’était, tous les patients viennent, point !) et dont le principal pont commun était de vivre à la Résidence (et on ne pouvait pas en parler..),  espéraient ils réellement que ça allait donner quelque chose de bon ?

On a donné sa chance au groupe quelques mois avant de commencer à sécher tellement on s’y ennuyait, la conversation la plus intéressante que j’ai pu y avoir portait sur le langage elfique, c’est intéressant, mais je doutes qu’en terme de thérapie, ça soit particulièrement efficace…

On a proposé divers solutions pour améliorer le groupe : que les soignants n’y soient plus présents (le groupe étant censé être notre espace personnel, que l’on ne soit plus forcé’e d’y aller, qu’on construise un groupe en fonction de pour qui ça pouvait être intéressant et que si ces tentatives n’aboutissaient pas qu’on  annule purement et simplement et simplement le groupe de paroles… La direction a refusé toutes nos requêtes, sauf celle d’absoudre les soignants d’y assister (je suis sûre que l’ennui procurée par l’activité n’avait ABSOLUMENT rien à voir avec ça) et on a continué à sécher de plus belles, avec pour réaction un harcèlement moral qui s’intensifiait…

Pour toutes les raisons sus citées et une attitude généralement paternaliste de l’équipe envers nous, j’ai commencé à critiquer de plus en plus ouvertement les pratiques de la clinique, Je n’hésitais même plus à me moquer ouvertement des infirmiers quand ils disaient des idioties, jusqu’au moment où aidée par le fait que l’infirmière scolaire avait trouvé judicieux de les avertir que j’avais arrêté le peu de traitement qu’il me restait, le psychiatre a pu me menacer de m’exclure de la Résidence que j’ai mon AAH  ou non (il a bien précisé ça pour me contraindre avec la menace de la précarité) si je ne reprenais pas mon traitement et ne changeait pas d’attitude, arguant que mes critiques persistantes étaient le signe que j’allais très mal…
Avec cette menace et le non soutien de mes parents, j’ai été contrainte de me plier à ses exigences. Satisfait, il a arrêté mon traitement 2 semaines après . Pour celleux qui doutaient de l’aspect coercitif de cette exigence, je pense que les faits parlent d’eux même…

J’ai tenu quelques temps, avec quand même des menaces de Ms Ratchet qui m’a dit que venir au rendez vous suffisait pas et qu’il fallait que je m’investisse. La coopération ne suffisait pas pour elle, elle attendait une conversion.

J’étais déjà à cran depuis un moment, quand l’incident est arrivé.
Ça faisait des mois qu’on critiquait le groupe de paroles, arguant que au mieux, on s’y ennuyait, au pire, ça attisait les conflits…
Et ce jour là, y a eu un conflit et un patient m’a collée sur la table pour me casser la gueule, si les autres ne l’avaient pas retenu, peut être il l’aurait fait.

Là, j’en peux plus… déjà, moralement, vivre ici, c’est l’horreur… Mais alors, si en plus je peux finir à l’hosto sans qu’il y ait aucune remise en cause des raisons qui m’y ont amenée, c’est plus possible, faut que je me casse… Après la nuit passée dehors et le fait que ça soit moi qu’on ait culpabilisée, j’avais plus trop de doutes sur le fait qu’ils ne changeraient rien et que ça pouvait se reproduire. La suite m’a donnée raison puisque leur réaction a été de rajouter de la pression pour que les patients ne ratent pas le groupe de paroles… Je suppose que pour eux, c’était parce qu’on n’était pas assez investi’es dans la thérapie extraordinaire que nous proposaient le groupe de paroles,  pas parce que le dispositif  créait ce genre de situations conflictuelles…

je remplis un sac, j’appelle un copain pour qu’il m’héberge, je suis furieuse et je ne veux plus discuter avec aucun soignant. La rupture est trop franche pour que je puisse encore attendre quoi que ce soit d’eux…

Je reviens quelques jours après pour récupérer le gros de mes affaires, je récupérerais le reste au déménagement. Je bourre mon sac pendant qu’un infirmier me supplie d’aller dans la salle commune pour démêler tout ça avec mon agresseur, je ne l’écoute pas, je finis mes valises et je me prépare à sortir.

Le psychiatre tente une dernière carte en me disant que si je ne signe pas une décharge de responsabilité, il peut pas me laisser sortir et devra me faire hospitaliser.
Ça sent le bluff. Je refuse et je referme la porte derrière moi.

J’ai bien fait. Sans décharge de responsabilité, ils sont forcés légalement de garder mes affaires dans mon appart pendant un mois, ce qui me laisse un peu de temps pour trouver une solution.
Ma motivation initiale pour le refus, c’est que j’avais l’intention de leur coller un procès, et avec une décharge de responsabilité, ça ne serait pas envisageable.


Je garde de mon séjour à la Résidence, l’impression d’un immense gâchis…
L’impression d’avoir été jouée aussi, tellement ce type d’établissement ne correspond pas à l’image qu’il présente.
On nous présente les structures ouvertes comme un sas entre les structures plus fermées comme les HP ou les cliniques et le monde normal, mais leur fonctionnement même et le mépris affiché de l’institution pour ses patients interdit complètement l’idée même qu’elle puisse jouer ce rôle…

Ce type d’établissement n’a qu’une utilité consciente ou inconsciente : celle d’améliorer l’image du soin.
Mais ça n’est qu’une façade, derrière, on y retrouve les mêmes fonctionnements, le même mépris…

C’est toujours nécessaire d’avoir d’autres structures que les HP ou les cliniques…

Mais ça serait intéressant de repenser complètement le fonctionnement de ces institutions, prendre réellement les patients en compte, si on veut espérer en obtenir du bon…

On ne peut pas attendre d’un arbre malade qu’il donne autre chose que des fruits pourris.

vendredi 19 février 2016

Mardi soir



Mardi soir

* tw transphobie à la toute fin 

Hier soir, je suis allée au théatre. J’y vais tous les mardi soir. Ça commence à 18h15 mais j’y arrive toujours en retard.
Je connais 2 manières de m’y rendre. La première, je prends le bus près de chez moi et je descends à place du cirque. Ensuite, je prends le tram et et je m’arrête à Duchesse Anne et je vais jusqu’au théatre dans l’avenue du maréchal joffre. On reconnait la porte parce qu’il y a un œil sur fond noir dessus.
l’autre méthode, c’est de descendre jusque au tram en bas de la colline pour descendre à duchesse Anne aussi. C’est un trajet plus embetant. Il faut bien passer 15 minutes à descendre et puis remonter jusqu’à la ligne de tram mais c’est le trajet que je prends le plus souvent parce que je rate souvent le bus.
Ça me fait arriver à 18h30 , au mieux. Des fois, c’est 40. C’est embêtant parce qu’on travaille sur une pièce en ce moment. J’ai un peu honte.

Cette fois ci, j’avais regardé l’horaire du bus. On est en période jaune alors c’était 17h36. Ma mère m’avait envoyé un sms vers 14h, pour savoir si je voulais qu’on se voit. Je savais pas. Ça faisait plusieurs semaines que je limitais les contacts avec eux.

Finalement, c’est elle qui m’a appelée. Je pensais pas que j’oserais lui dire mais j’ai dit est ce que si tu te trompe sur mon prénom et sur mes accord tu va râler ? Est-ce que tu va te corriger ?
Elle m’as dit c’est ça qui t’inquiète ? Elle a dit qu’elle ferait un effort.

Je suis sortie. Je suis arrivée à 17h39 à l’arrêt de bus. C’est bête. Si on avait été en période rose, je l’aurais eu. Le prochain est à 17h44. J’aime pas attendre.
Il fait froid. J’aime pas attendre.
Je marche jusqu’à l’arrêt suivant. Ça m’occupe.
Je pense que l’horaire doit être 17h45 pour cet arrêt. Le décalage est toujours d’une minute, d’un arrêt  à l’autre. Quand ils sont proches. Quand ils sont loins, je sais pas.

J’arrive à l’arrêt. Je vois une femme. Elle a pensé à mettre des gants et un manteau. J’étais pressée, j’ai pas cherché mes gants dans mon appart. Et j’aime pas trop mon manteau. Les poches sont trouées et toutes mes affaires passent dans la doublure. En plus les épaules sont larges et ça accentue l’impression de ressembler à un homme. J’ai un pull mais ça va. Il fait beau.

J’aime bien le manteau de la dame. Je me demande si il m’irait. Elle a des lunettes. Je ne sais pas si elle met un rouge à lèvres. Si elle en met, il est plus discret que le mien. Je regarde ses yeux. J’arrive pas à savoir si ils sont maquillés. Probablement ils le sont. En tout cas, c’est discret.

Elle a un visage impassible. Je me demande comment elle me voit. Probablement comme un homme. A la boulangerie, on m’appelle monsieur. Je pense pas qu’elle soit différente.
Je veux savoir l’heure qu’il est. Je pourrais vérifier sur mon android mais j’ai pas envie. Je lui demande. Je suis surprise par sa voix. Je m’attendais à ce qu’elle soit plus dure. En fait elle est douce.
J’ai pas entendu la fin de sa phrase. J’ai pas envie de redemander. Je m’éloigne un peu pour regarder mon portable et je me tourne pour qu’elle voie pas que je l’avais. Il est 17h42. J’aime pas attendre et il fait froid mais si je vais à l’arrêt suivant, le bus va me dépasser et je l’aurais raté, alors j’attends.
Quand il arrive, je tends ma carte. Je me demande  si le chauffeur a eu le temps de voir que j’ai 3 couches de photos d’identité par-dessus la photo de la carte. J’aime pas la photo qu’il y a sur la carte. J’ai l’air horrible dessus. On dirait que je sors de prison. C’est pas loin de la vérité. Je sors d’HP, en fait.
Je m’assoie dans le bus. Je me mets près du bouton de demande d’arrêt pour pouvoir appuyer facilement.
Sur le chemin, je vois des lieux. Je me demande si je pourrais les dessiner. Peut être que si je les dessine, je pourrais faire une histoire avec.

Le bus arrive à place du crique. Je me mets devant la porte. Je vois ma mère de l’autre côté de la vitre. Elle m’a vue aussi. Je descends. Je lui fait la bise.
On discute sur le chemin. Finalement on fait tout le chemin jusqu’au théatre à pied. On parle mais je ne la regarde pas. Je regarde devant. Elle était inquiète visiblement. Je lui dit que j’avais besoin de faire une pause. Elle fait des efforts sur mon nom. Quand on arrive près du théatre, je dis que le fait de constamment être mégenrée, qu’on utilise mon morinom (mon nom de naissance), ça me fait mal. Elle me dit que c’est difficile, que je ne comprends pas. Je dis que si, mais que je ne suis pas d’accord, que ça justifie pas. Que c’est vital qu’on m’appelle par mon nom et qu’on me genre au féminin. Que si Papa me morinomme et me mégenre et râle quand je le corrige au lieu de se corriger, j’ai pas envie de le voir, que c’est trop douloureux. Elle me dit qu’elle lui en parlera.

ON arrive devant l’œil sur fond noir. J’ai envie de changer de sujets avant qu’on se sépare. Je lui parle de Babylon 5, une série que je viens de découvrir.

Camille, du théatre, nous interrompt parce qu’elle franchit la porte du théatre.

Je finis la conversation avec ma mère. On se quitte. Elle me dit que elle et mon père seront chez mon grand père ce week end.

Je rentre dans le théatre. Olivier, le prof a fait venir une partie du décor. C’est chouette, on a enfin un décor. Il se frotte les mains. C’est quelqu’un d’angoissé. Il manque 3 personnes .

Comme il manque 3 personne. Je peux pas jouer ma scène. Je réorganise mon texte. Il me manque une feuille. C’est embêtant, j’ai du texte sur cette scène. Je joue une encyclopédie. C’est un personnage assez arrogant. C’est un peu frustrant parce que le personnage a une voix de connard arrogant mais en même temps, je dois entrainer ma voix pour qu’elle aie l’air plus féminine. Mais j’aime bien le personnage.

Je peux pas jouer ma scène, mais je suis quand même censée être présente dans la scène avec le vieux bibliothécaire et l’assistante et aussi la scène avec les épurateurs qui vienne épurer les livres. Comme Olivier passe beaucoup de temps a faire rejouer les passages pour obtenir le ton juste et que c’est pas ma scène. Je passe beaucoup de temps à attendre debout. Il fait froid et je suis fatiguée. Je bouge dans tous les sens.

A la fin, il y a la chanson des ombres. La seule des 3 personnes nécessaires pour la scène, c’est Aurélie. Elle a 24 ans. Elle a la trisomie 21. Elle est gentille. Je l’aime bien.

du coup, 2 personnes sont appelées pour remplacer les 2 absentes. J’en remplace une. Dans le texte, il y a 5 ombres, donc les 3 personnes se partagent les répliques. Comme c’est pas ma scène, je me trompe à un moment. Je comprends de suite que je me suis trompée parce qu’Aurélie s’interromps de suite. Je sais qu’elle apprend son texte par cœur, petit bout par petit bout. Sinon, elle retient pas.

Il est 20h10. Le 2e groupe va arriver. La prof est un peu embêtée parce qu’elle doit déplacer le décor qu’Olivier a fait venir. Je l’aime bien. Elle est souriante.

Olivier nous avait dit qu’on ferait un repas avec le groupe du Jeudi. Ça me fait un peu peur parce qu’on serait 14 personnes. Ça fait beaucoup. J’ai peur de pas bien tenir. J’ai déjà prévu d’aller me mettre en bout de table pour éviter d’être trop fatiguée par les interactions sociales.

C’était prévu pour ce soir mais en fait, Olivier ne sait pas quand ça aura lieu. Il propose qu’on prenne un pot ce soir. Je veux bien venir. Aurélie dit que sa mère va venir la chercher. Je lui demande si ça va parce que la semaine dernière, elle n’avait pas son ticket de bus et je l’ai raccompagné. Sa mère était en colère parce qu’elle lui avait mal indiqué ou elle était  et pas répondu sur son portable. Elle me dit qu’elle se sent pas très bien, là. Je m’excuse et la laisse tranquille.

On va dans un bar. Je commande un jus de tomates. J’aime bien le jus de tomates.
Camille prends le céleri pour en mettre un peu sur sa main et le sentir. Ça fait rire.

Je dessine un arbre dans mon carnet à dessin, mais je suis pas contente. Ça ressemble à rien.
je siffle mon jus de tomate trop rapidement. J’ai envie d’en prendre un autre mais je sais pas combien ça coute et j’ai peur de dépenser trop.
Je mange des petits gâteaux salés en attendant de décider.

Mathieu me demande quel type de BD je préfère, je sais pas quoi répondre. La question est plus dure qu’elle en a l’air, certains aspects n’appartiennent pas juste à un style. Et tout compte dans une BD. La narration, le trait de dessin… les dialogues.. c’est une question compliquée..

La mère d’Aurélie entre dans le bar, elle me dit Bonjour et m’appelle par mon morinom. Je corrige en redisant mon morinom.
Non, non, désolée.  Je comprends pas pourquoi elle dit désolée, elle l’a visiblement fait exprès.

Je souffle, j’ai compris que c’était pas la peine d’insister.

Elle ajoute faut que tu change de comportement avec ma fille, j’en dis pas plus ici, mais voilà.

Moi,  j’aimerais qu’elle en dise plus parce que je crois avoir compris de quoi il s’agissait mais si elle ne dit pas ce que c’est, c’est facile de s’imaginer autre chose.

La semaine dernière, quand j’ai raccompagnée Aurélie, on a un peu parlé. Je me suis rendue compte qu’elle avait pas réellement percuté que si j’avais demandé à me faire appeler autrement, c’est que je suis trans, que je fais une transition.

Je suis en début de traitement hormonal et je commence à peine à avoir les seins qui poussent. Je suis contente alors je lui ai montré vite fait mon début de sein dans la pénombre. Je pense que c’est ça à quoi sa mère fait référence.

Je comprends difficilement en quoi c’est un problème de comportement. Ça me parait presque anodin. J’ai l’impression qu’il y a sexualisation d’un truc qui ne l’est pas.

Dans tous les cas, je ne comprends pas en quoi ça mériterait un morinomage. J’ai clairement l’impression que sa mère vient de faire une agression transphobe sur ma personne.

J’ai plus envie de rester. Je dis bon je vais y aller, je dis pas au revoir à qui que ce soit et je prends mes affaires.

Je vais au comptoir pour régler ma consommation.
C’est 2, 80. Je donne un billet de 10. La dame me rend 20, les billets ont été rangés à la mauvaise place, du coup, elle m’a pas rendu le bon billet. On discute vaguement quelques minutes.
Entretemps, Aurélie s’est approchée. Elle a pas l’air bien, elle essaie de me parler. Je me vois mal interrompre une discussion en cours, je compte lui répondre  après avoir réglée la patronne mais c’est trop tard, elle est déjà retournée dans la salle avec les autres.
J’ai peur qu’elle pense que je lui fais la tête mais j’ai pas le courage de revenir dans la salle et je pars du Bar pour rentrer chez moi. Mi sous le choc, mi en colère. Je ne veux plus jamais adresser la parole à la mère d’Aurélie.



*les noms ont été changés